Convivio ou la plastique culinaire
A Constructed World, Olivier Bardin, Nicolas Boulard, Jérémie Gaulin, Ikhéa©services, Armand Jalut, Ben Kinmont, Ines Lechleitner, Pierre Leguillon, Vincent Olinet, Remi Roye, Shimabuku.
Commissariat Fabien Vallos et Sophie Auger
Ce qui prélude à cette exposition est ce que Félix Fénéon nommait la plastique culinaire dont on retiendra, au moins deux éléments, le rapport contigu à l'esthétique et la puissante figure de la périssabilité : il écrit «ce que nous reprochons aux œuvres d'art, c'est leur longévité impertinente. En graisse de mouton ou en pastillage, et parées ainsi du charme des choses périssables, elles nous trouveraient plus enclins à les aimer, même imparfaites ». En somme, ce qui devrait être le centre ou le lieu de cette exposition sont les liens ou les connexions possibles entre l'expérience du périssable et l'idée paradoxale de l'œuvre : paradoxale, parce que l'œuvre hésite toujours entre ce qui relève de la conservation et ce qui relèverait de leur disparition. Il existe alors une autre sphère, un autre espace où s'appréhende collectivement ce paradoxe, c'est la festivité, autrement dit, le lieu du festin et le lieu complexe d'une densité de l'expérience collective. En somme ce que nous nommons « festivité » n'est autre que l'espace qui permet de saisir, dans l'expérience esthétique du repas et de l'aliment, l'autre, le commun, l'inopérativité et le désœuvrement. Il s'agit de concevoir une exposition qui montre et qui fait voir ce qui relèverait de ce temps suspendu. Dans le temps du festin et dans le moment de la festivité nous pouvons adresser à l'autre une parole qui prend forme dans un temps compact et dense. L'autre nom pour cette adresse est l'œuvre. Seul le festin et seule la festivité, par leur capacité fondamentale à nous livrer à l'inopérativité nous offre l'expérience conjointe de l'œuvre et du désœuvrement. Désœuvré ne pourrait-il alors être cette possibilité d'accepter la périssabilité de l'œuvre ?
L’exposition proposera, selon quatre modes, les travaux de onze artistes, une vitrine d'objets et de documents, un livre-catalogue et des interventions à l'Onde et au Cnéai (conférences, rencontres, dîners, banquets) pourquoi certains artistes contemporains affirment un travail qui constelle ces concepts de commensalité, de festivité, d'opérativité et d'adresse. Ainsi, elle pourra montrer qu'il y a dans le contemporain, à partir du modèle de l'autre comme ami et comme proche avec qui l'on mange et avec qui l'on festoie, la possibilité de repenser la figure de l'œuvre et surtout de son adresse.


